PROGRAMME

Pour les 250 ans de la naissance de Ludwig van Beethoven

Sonaten Abend

Noriko YAMAZAKI, piano

Samedi 3 octobre 2020

L’Eglise Saint-Pierre-le-Vieux protestant Strasbourg

 

Programme

 

Grande Sonate Pathétique, op.13

      I. Grave

      II. Adagio cantabile      

      III.  Rondo-Allegro

 

Sonate quasi una fantasia, op.27-2 (Clair de lune)

      I. Adagio sostenuto         

      II. Allegretto

      III. Presto agitato

 

Sonate op.57  (Appassionata)

      I. Allegro assai

      II. Andante con moto

      III. Allegro ma non troppo

 

Piano : Blüthner de 1898

 

 

Les sonates de Beethoven                     Mathieu SCHNEIDER

                        

« Le nouveau testament ». C’est ainsi que le pianiste et chef d’orchestre Hans von Bülow, beau-père de Liszt, qualifiait les 32 sonates pour piano de Ludwig van Beethoven. Elles faisaient écho à l’Ancien Testament, laissé selon lui par Bach à travers son Clavier bien tempéré. Ces deux monuments de la littérature pour clavier, composés à quelque quatre-vingts ans d’écart, accompagnent l’émergence progressive d’un instrument, le piano, dont le prototype date de 1709 et dont la production industrielle se généralise autour de 1800. Ils confirment la suprématie du système tonal par l’adoption définitive du système dit « tempéré », permettant de moduler dans tous les tons. Enfin, ils posent les bases d’un genre : celui de la musique pour clavier seul, dont le développement sera en constante croissance de 1750 à 1850. L’émergence de la classe bourgeoise, provoquée par la Révolution française et l’essor industriel, a encouragé la pratique musicale de salon, dans laquelle le clavecin d’abord, puis surtout le piano, ont trouvé une place de choix.

Là où Bach compose une rhétorique d’un raffinement inégalé dans les 24 préludes et fugues de ses deux cahiers, renvoyant en miroir les attentes de l’esthétique galante de son époque, Beethoven met la rhétorique au service de l’expression. Si le contenu expressif de ses 32 sonates n’est pas toujours explicite, il est partout à ce point sensible qu’il a décidé des mélomanes ou des poètes a donné, de manière apocryphe, des titres à ces sonates. Ainsi en est-il de la fameuse sonate « Au Clair de Lune » (op.27, n°2), interprétée ce soir, dont le titre a été donné au début des années 1830 par le poète Ludwig Rellstab, car le premier mouvement, qui prend la forme inhabituelle d’une romance, lui évoquait le glissement d’un bateau sur le Lac des Quatre-Cantons au clair de lune.  Si l’association est discutable, elle n’en traduit pas moins l’extrême sensibilité qui se dégage de cette page. On pourrait en dire autant de l’Appassionata (op.57), dont le titre a été donné par l’éditeur Cranz en 1838. Seule le titre de la Pathétique (op.13) a reçu l’imprimatur du compositeur.

Ces sonates ont en commun de bousculer les formes existantes dans la succession des thèmes et des mouvements, dans leurs caractères, dans leurs tonalités. C’est dans l’écart à la norme que réside la puissance expressive de la musique de Beethoven, le fameux message caché que Rellstab ou Cranz ont cru devoir verbaliser. Beethoven, lui, préférait laisser le mystère entier.

Car c’est dans l’intimité de l’écoute individuelle que la musique romantique fait son œuvre, qu’elle devient œuvre, unique et absolue.

                          

                    Musicologue, Vice Président de l’université de Strasbourg

 

 

Beethoven et ses sonates pour piano       Osamu TOMORI

 

De la publication en 1796 de ses trois premières sonates, op. 2-1 à 2-3  jusqu'à son ultime sonate op. 111, achevée en 1822, la composition des sonates pour piano occupe une place majeure dans la carrière de L. v. Beethoven. Cela est aussi vrai pour sa carrière après la mort. Alors qu'il ne savait pas a priori que ses trente-deux sonates seraient qualifiées du «Nouveau Testament», il était conscient qu'il mettait au monde une nouveauté avec chaque oeuvre pour l'appréciation de la postérité.

Charles Rosen disait que les sonates pour piano à l'époque avaient le double caractère, privé et public. Alors qu'il parle ici du caractère des lieux de concert, on peut dire que chez Beethoven cette duplicité concerne aussi le rapport entre l'oeuvre et l'auteur. D'où, plusieurs (sur-)interprétations reliant chaque oeuvre à sa vie personnelle : la sonate op. 13 (Pathétique) serait ainsi un témoin de sa «période Roméo et Juliette» ;  pour la sonate op. 27-1 «Clair de lune» on spécule sur une romance avec une jeune comtesse, dédicataire de l'oeuvre. Quant à la sonate op. 57 «Appassionata», les biographes retiennent un épisode (véridique) avec une pianiste colmarienne appelée Marie Bigot.

L'interprétation romantisée de l'oeuvre est aujourd'hui démodée. Il est cependant toujours vrai qu'on ressentira, au-delà des innovations stylistiques, «quelque chose de personnel » qui motive le compositeur à y recourir. Les invoquer, voilà le travail privilégié d'un(e) interprète au clavier.

                                Musicologue, Professeur à Kunitachi College of Music

 

 

Noriko YAMAZAKI,

née à Iwaki préf. Fukushima, Noriko Yamazaki commence le piano à l’âge de 5 ans. Elle étudie au Kunitachi College of Music à Tokyo et à l’Universität für Musik und Darstellende Kunst à Vienne en Autriche où ses études de piano se sont achevées avec le diplôme de concertiste sous la direction de Hans Graf. Elle poursuit une carrière de concertiste en Europe ainsi qu’au Japon. Diplômée de DEA en musicologie à l’Université de Strasbourg, elle mène également des recherches musicologiques sur la musique de piano. Pendant sa période viennoise (1977-85), Noriko Yamazaki a fait des études spécialisées des oeuvres de piano de Chopin avec Mme Carmen Graf-Adnet, qui lui a transmis la grande tradition de l’école de Paderewski.

Elle a suivi également les cours de Walter Panhofer, Alexander Jenner, Jesus Alonzo, Yevgeni Malinin, ainsi que Duo Ganevi.

Elle est également active dans le domaine de la pédagogie en donnant régulièrement des Master-class dans son pays en particulier sur la musique de J.-S. Bach.

 

Concert prochain : le samedi 13 février 2021

« L’amour de Proust »

Myriam Moreau soprano, Noriko Yamazaki piano

 

L’Association MiuZ www.miuz.com